Laurence Texier

05 juin 2009

La voiturette cartonne

La voiture sans permis s’est partiellement affranchie de cette image d’insécurité chronique qui lui collait à la carrosserie. Si la « bad car » des routes n’a plus rien à voir avec ses ancêtres, le tableau n’est pourtant pas idyllique. Située dans une niche législative, elle affiche quelques failles au compteur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La voiture sans permis n’est plus aussi dangereuse qu’en 1985, date d’apparition de cet engin d’un genre nouveau. Moins de 0,4% des accidents de la route impliquent des voitures sans permis d’après le dernier rapport de l'Office national interministériel de sécurité routière. Mais, comme la Commission de sécurité des consommateurs (CSC), l’a fait remarquer dans un rapport en 2008, ces chiffres sont loin de refléter la réalité puisqu’ils « ne prennent en compte que les accidents avec tués ou blessés et ayant donné lieu à une intervention des forces de police et à une hospitalisation », et écartent dès lors des statistiques la grande majorité des accidents.

Contrairement à ce qu’affirment généralement les fervents défenseurs du quadricycle léger, la limitation à 45km/h n’est pas la cause principale des accidents. D’après le Ministère des transports, dans 78% des cas le conducteur percute un autre véhicule par l’avant. Or, lorsque le manque de vitesse est en jeu, le choc se produit généralement par l’arrière. L’occasion pour la CSC d’en tirer un constat sans appel : « les accidents proviennent d’un défaut de maîtrise des véhicules ». Les assureurs estiment d’ailleurs que 68% des voiturettes sont juridiquement responsables des accidents dans lesquels elles sont impliquées.

Absence de carton rose

La mauvaise maîtrise du véhicule s’explique probablement par le ni permis ni code, qui séduit de nouveaux usagers chaque année, parmi lesquels les victimes du permis à point. « Un client sur deux est sous le coup d’une annulation de permis », estime ainsi un vendeur Ligier. Les statistiques nationales, les placent plutôt autour des 5%. Quoi qu’il en soit, les «contrevenants » de la route, mais aussi les jeunes ayant renoncé à obtenir le permis, viennent modifier la cartographie traditionnelle du secteur de la voiturette, jusque là constitué en grande partie par les plus de 50 ans.

Les assureurs le savent bien, il s’agit là de populations à risques. Ils redoublent de vigilance et traquent les antécédents d’alcoolémie et d’usages de stupéfiants. Ainsi, Nicolas Gérard assureur Axa résume: « le gros problème aujourd’hui est de savoir pourquoi ils sont sans permis ». Madjid Ouali de la MACIF, va plus loin. « Quelqu’un qui a eu une suspension de permis pour une succession de petits délits sera préférable à un gros délit ayant entraîné une suspension de permis immédiate » explique-t-il. Pour Christian Michael, revendeur Aixam, quel que soit le délit, le fait est qu’« en moyenne, 80% des gens ayant eu le permis, cartonnent beaucoup plus facilement ».

Concernant les plus jeunes, qui n’ont jamais eu le permis, le risque est ailleurs. Il s’agit du débridage, cette pratique qui consiste à augmenter la puissance du véhicule au-delà des 45km/h réglementaires. Parfois jusqu’à 90km/h. Madjid Ouali, se veut rassurant : « maintenant, la quasi-totalité des voitures sans permis sont équipées de moteurs diesels. Ce qui rend plus difficile la pratique du débridage ». Difficile, mais pas impossible…De nombreux garages font du débridage un argument de vente. En toute « légalité » souvent, car avec le temps et les kilomètres parcourus, les voiturettes finissent par atteindre naturellement les 60 km/h.

No man’s land juridique

Bien sûr, débrider sa voiture est risqué, et peut entraîner l’annulation de la garantie constructeur et de l’assurance en cas d’accident. Pas de quoi dissuader Sylvie. « Quand je vois le danger dans lequel je me retrouve en roulant à 48km/h, j’avoue être tentée de débrider ma voiture » explique la jeune femme, qui comme les autres conducteurs de sans permis peut difficilement dépasser ou s’insérer sans danger. Reste qu’une voiturette peut supporter une vitesse de 65km/h sans aucun problème, mais devient une véritable bombe à retardement au-delà, compte tenu de ses équipements conçus pour rouler à faible allure.

Plus sûre qu’un scooter ou qu’une mobylette, la voiturette n’est pas pour autant un modèle de sécurité. Absence de réelle formation à la conduite, contrôle technique non obligatoire, crash test rarement effectués par les constructeurs, carrosserie en fibre de verre extrêmement fragile : tout cela fait de la voiture sans permis un véhicule particulièrement accidentogène. Avec ses 160 000 véhicules, la France représente 46% du marché européen mais figure paradoxalement parmi les pays les plus flous en matière de législation. En 2013, une directive devrait harmoniser les permis de conduire en vigueur en Europe et peut être encadrer plus strictement le secteur des voiturettes.

Une voiture sans permis, c’est quoi ?

Tel que définit en 1992 par l’Europe, il s’agit d’un quadricycle léger, de 2 places, dont le poids à vide n’excède pas les 350kg et la vitesse les 45km/h. Les voiturettes sont assimilées à des cyclomoteurs et se distinguent des quadricycles lourds (à 4 places) dont la conduite nécessite la détention du permis B1. En France, on peut conduire un quadricycle léger dès 16 ans, à condition de posséder le BSR (brevet de sécurité routière) et d’avoir ainsi suivi quelques heures de formation. Une mesure qui permet d’acquérir le minimum des connaissances de la route et des règles de conduite. Les personnes nées avant le 1er janvier 1988 ne sont pas concernées et peuvent prendre la route sans condition.

Posté par laurencetexier à 09:50 - Actualités variées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=552100&pid=14038693

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :