Laurence Texier

07 janvier 2010

Suicide et travail : la nouvelle équation

« Faute inexcusable». Décembre 2009 : Renault est jugé responsable du suicide de l’un de ses salariés. Alors que France Télécom vient de connaître une vague de suicides sans précédent, cette date est à graver dans le marbre de l’histoire de la reconnaissance du suicide au travail. Et si 2010 marquait la prise de conscience du stress et de ses ravages dans le monde du travail ?

Renault n’a «pas pris les mesures nécessaires pour préserver son salarié du risque qu’il encourait du fait de l’exercice de son activité ». Cette décision de justice rendue par le tribunal des affaires sociales de Nanterre (TASS) le 17 décembre 2009 est inédite. Pour la première fois, alors que les médecins du travail évoquent des suicides au travail depuis 1990, en déclarant cette mort comme accident du travail, la justice reconnaît qu’il existe un lien direct entre les conditions de travail et le suicide.

Le 20 octobre 2006, Antonio, 39 ans, ingénieur chez Renault se défenestre, du 5e étage, depuis son bureau du technocentre Renault-Guyancourt. Son cas n’est pas isolé. Entre juillet 2005 et octobre 2009, pas moins de 7 salariés ont mis fin à leurs jours sur ce site. De quoi faire les gros titres de l’actualité, provoquer l’émotion de l’opinion publique et surtout pousser l’entreprise à prendre des mesures pour enrayer la « contagion ».

Sensibilisation et prévention, gestion du stress, limitation des horaires, formation des managers à la détection des conduites à risque, mise en place de RH de proximité... A la suite de cette vague meurtrière, Renault insuffle une nouvelle gestion du personnel, bien décidé à tenir compte du stress de ses employés et éviter de nouveaux drames.

Se tuer à la tâche

Il y a 3 ans, Carlos Ghosn, « le tueur » est arrivé, se souvient Alain Gueguen, délégué Sud-Renault, « le nombre de projets a été multiplié par deux. L’objectif était de faire plus de profits sans embaucher. Il y a des gens qui ne savent pas dire non. On en a vu qui faisaient travailler leur compagne chez eux parce qu’ils n’arrivaient plus à remplir leur charge de travail ». Productivité effrénée, concurrence accrue, fusion avec Nissan, Renault a augmenté la cadence, au point de « déshumaniser » ses salariés. « Il y a des gens en perdition dans les grosses boîtes, poursuit le syndicaliste, ce qu’on met en cause c’est l’individuation du travail par objectifs. L’organisation du travail a radicalement changé, les objectifs ont changé, mais on n’a pas donné aux salariés les outils qui allaient avec ». Près de 1 200 personnes se croisent chaque jour à Guyancourt,  « mais personne ne se connaît ». Un phénomène que Christophe Dejours, psychiatre et psychologue du travail, qualifie de « dégradation du vivre ensemble et de la solidarité dans les entreprises ».

Si les années 2000 ont permis de lever le voile sur le tabou du suicide au travail, 2010 sera-t-elle pour autant l’année des grands plans de lutte contre le stress au travail ? Pour les syndicats,  la réalité demeure pour l’heure en deçà des espérances. Les salariés du technocentre ont désormais la possibilité d’aller consulter une entreprise de coaching… à Saint-Lazare. Soit  31 km à parcourir depuis Saint-Quentin en Yvelines. « Personne n’y va », témoigne consterné, Alain Gueguen. Quant aux 300 RH de proximités embauchés, « ils ont tellement de dossiers à gérer qu’ils n’arrivent pas à suivre, regrette le syndicaliste, ce que veut Renault, c’est surtout qu’on en parle le moins possible ».

Preuve des limites des mesures mises en place chez Renault, cette tentative de suicide le 10 décembre à Renault-Sandouville, et  le suicide d’un ingénieur de 51 ans de Renault-Guyancourt le 17 octobre… « Les suicides qui provoquent l’émoi sont ceux qui se déroulent sur le lieu de travail », témoigne amèrement Yves Gueguen, pour expliquer le faible retentissement médiatique de ce dernier drame.

La CGT- Technocentre-Renault-Cuyancourt n’est pas plus optimiste: « la direction des ressources humaines de Renault considère toujours que les suicides ont des causes « endogènes » aux victimes, et qu’il n’y a donc pas lieu d’agir de manière préventive sur les conditions de travail, puisqu’elles ne sont pas en cause, bien que le TASS ait jugé le contraire ».

L’heure est donc aux grandes enquêtes de terrain, dans les entreprises et auprès des salariés. L’objectif : récolter des preuves de la souffrance endurée au travail. L’organisme Technologia a ainsi été mandaté en 2008 auprès de Renault. Elle vient de lancer une nouvelle enquête auprès de France Télécom, récemment touchée elle aussi par une vague de suicides sans précédent. Sur les 80 000 salariés ayant répondu au questionnaire, 65%  se plaignent de conditions de travail dégradées.

Un mal universel

Avec 32 suicides en 2 ans, France Télécom est venue marquer en 2008 un nouveau tournant dans la prise de conscience des dangers du stress au travail. Politique cette fois, puisque Xavier Darcos, le ministre du travail, est allé jusqu’à convoquer le PDG de l’entreprise de téléphonie, Didier Lombard, qui avait parlé de « mode du suicide », avant de finalement reconnaître la nécessité de mettre en place des mesures préventives. Les mobilités forcées sont provisoirement suspendues, promesse est faite d’embaucher 100 RH de proximité, un observatoire du stress et des mobilités forcées est créé …

Pourtant, le suicide au travail dépasse largement le cadre de Renault et France Télécom, ces entreprises anciennement publiques aujourd’hui privatisées. La liste des cas de suicide est longue : Pôle-Emploi, EDF, IBM, éducation nationale, agriculteurs… et les données chiffrées quasiment inexistantes. « La référence était Renault, maintenant, c’est France Télécom », commente avec ironie, Alain Gueguen.

Le travail tue partout, dans le privé comme dans le public. Les fonctionnaires de police figurent parmi les professions les plus touchées. Une étude épidémiologique de l’Inserm avait répertorié 35 cas pour 100 000 fonctionnaires de police en 2002. « Quand il y a 25 suicides à France Télécom, il y en a 50 chez nous », indique Yannick Baniot, délégué national SPG-Unité Police. En 2009, quelque 40 policiers ont mis fin à leurs jours. Et cela malgré la création en 1996 d’un service de soutien psychologique opérationnel (SSPO). « Quand je suis rentré dans la police, il y a vingt ans, on ne parlait pas du suicide. Par définition celui qui se suicidait été considéré comme une personne faible », explique Christophe Geffert, commandant de la police nationale et conseiller technique pour Synergie-Officiers. Pour lui le SSPO constitue bien « une petite révolution ». Une mesure pourtant loin d’être suffisante, estime Yannick Baniot, du fait que « ces psychologues sont embauchés par le ministère de l’Intérieur et ne sont donc pas indépendants ». Pour preuve, le SSPO se situe dans le bâtiment de la Préfecture de police de Paris. « Les policiers doivent faire face en permanence à l’état d’urgence, au stress de la politique du chiffre, à une diminution des effectifs et actuellement à la Révision générale des politiques publiques », énumère Yannick Baniot pour tenter d’expliquer le fort taux de suicide des policiers. Pour Christophe Geffert, la solution pourrait résider dans la mise en place de tutorats entre les jeunes policiers, « souvent désarçonnés par la dureté du métier et des relations entre collègues » et plus expérimentés, « mais sans aucun lien avec l’univers professionnel hiérarchique ».

« En 2010, au moins dans le discours, on s’intéresse au stress, estime Yves Lafargue, directeur de l’observatoire des conditions de travail et de l’ergostressie, mais il faut distinguer ce qui est spectaculaire de ce qui est profond ». Un suicide au bureau a de quoi frapper les esprits, mais le risque est grand d’en venir à masquer la réalité moins visible, mais aussi réelle, du stress enduré sans pour autant passer à l’acte.  Et d’occulter ces suicides moins médiatisés, en raison de l’absence ou d’une visibilité moindre des syndicats. « Si  on a beaucoup parlé de Renault et France Télécom c’est qu’il y avait des gens pour se battre. Les salariés ont peur de parler. Si vous passez à la télévision, vous vous adressez à votre employeur. Même dans les organisations syndicales, le suicide est encore un sujet tabou », explique Alain Gueguen.

          

  Du tabou au contagieux ?

« Toute enquête un peu spectaculaire fait changer les manières de faire. Mais doucement et superficiellement, estime Yves Lasfargue. Il est plus facile de faire des enquêtes que de prendre des mesures concrètes contre le stress au travail ». Audits, baromètres, enquêtes, numéros verts, mise en place de discussions sur le stress, cellules psychologiques, stages individuels de gestion du stress… Ce genre de mesures de prévention devrait se développer en 2010, dans l’optique de prévenir les risques de suicide. Un virage, qui, s’il laisse augurer une politique sociale nécessaire et inédite, peut également laisser craindre certaines dérives. Pour Christophe Geffert, le risque est grand de voir l’administration mettre à l’écart certains fonctionnaires de polices jugés « fragiles » en se réfugiant « derrière l’officiel pour ne pas être taxé d’inhumanité » et en mettant en place un « engrenage qui risque d’aggraver la dépression de celui qui est venu chercher de l’aide et se retrouve mis à l’écart ».

Marie Pezé, docteur en psychologie et psychiatrie, spécialiste de la souffrance au travail, et auteur de l’ouvrage « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés », confiait récemment au journal le Monde que le suicide au travail découlait de « la solitude forgée par les organisations du travail mises en place depuis vingt ans, avec les démantèlements des équipes, les entretiens d’évaluation, la mise en concurrence des salariés, le turn-over… ». Interchangeable dans l’entreprise au gré des mutations et des restructurations, le salarié s’est vu dépossédé de ses compétences tout en devant faire face à toujours plus de productivité. « Les méthodes comme le flux tendu à outrance et la réduction gigantesque des délais sont à l’origine du stress », estime Yves Lafargue. La faute aussi et surtout au modèle de management anglo-saxon appliqué dans toutes les entreprises de l’Hexagone. Rien de moins qu’«un management par la terreur » pour les syndicats. Un moyen « d’augmenter considérablement la productivité », pour les dirigeants. Au prix du bien-être du salarié. « Le problème est que l’on n’a pas inventé autre chose que le « benchmarking », qui établit une comparaison permanente entre les entreprises et entre le personne, par le biais d’objectifs chiffrés, explique le directeur de l’observatoire des conditions de travail et de l’ergostressie, comme on utilise mal ces indicateurs chiffrés, il deviennent une énorme source de stress ». Aucune alternative à ce management du tout rentable ? Pour lui, seule la gestion des start-up offre une alternative originale… mais illusoire : « C’est du vent, car ces méthodes ne durent que le temps de la start up, c’est-à-dire, deux ou trois mois ». Le temps de faire faillite ou d’être rachetée par une autre entreprise.

Pendant ce temps là, la  « mode du suicide » continue en 2010. D’après la LettreA.fr, un salarié de France Télécom de l’Agence « Vente service client » aurait mis fin à ses jours, début janvier à Quimper.

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01 octobre 2009

La coulée d'une cloche tourne mal

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05 juin 2009

La voiturette cartonne

La voiture sans permis s’est partiellement affranchie de cette image d’insécurité chronique qui lui collait à la carrosserie. Si la « bad car » des routes n’a plus rien à voir avec ses ancêtres, le tableau n’est pourtant pas idyllique. Située dans une niche législative, elle affiche quelques failles au compteur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La voiture sans permis n’est plus aussi dangereuse qu’en 1985, date d’apparition de cet engin d’un genre nouveau. Moins de 0,4% des accidents de la route impliquent des voitures sans permis d’après le dernier rapport de l'Office national interministériel de sécurité routière. Mais, comme la Commission de sécurité des consommateurs (CSC), l’a fait remarquer dans un rapport en 2008, ces chiffres sont loin de refléter la réalité puisqu’ils « ne prennent en compte que les accidents avec tués ou blessés et ayant donné lieu à une intervention des forces de police et à une hospitalisation », et écartent dès lors des statistiques la grande majorité des accidents.

Contrairement à ce qu’affirment généralement les fervents défenseurs du quadricycle léger, la limitation à 45km/h n’est pas la cause principale des accidents. D’après le Ministère des transports, dans 78% des cas le conducteur percute un autre véhicule par l’avant. Or, lorsque le manque de vitesse est en jeu, le choc se produit généralement par l’arrière. L’occasion pour la CSC d’en tirer un constat sans appel : « les accidents proviennent d’un défaut de maîtrise des véhicules ». Les assureurs estiment d’ailleurs que 68% des voiturettes sont juridiquement responsables des accidents dans lesquels elles sont impliquées.

Absence de carton rose

La mauvaise maîtrise du véhicule s’explique probablement par le ni permis ni code, qui séduit de nouveaux usagers chaque année, parmi lesquels les victimes du permis à point. « Un client sur deux est sous le coup d’une annulation de permis », estime ainsi un vendeur Ligier. Les statistiques nationales, les placent plutôt autour des 5%. Quoi qu’il en soit, les «contrevenants » de la route, mais aussi les jeunes ayant renoncé à obtenir le permis, viennent modifier la cartographie traditionnelle du secteur de la voiturette, jusque là constitué en grande partie par les plus de 50 ans.

Les assureurs le savent bien, il s’agit là de populations à risques. Ils redoublent de vigilance et traquent les antécédents d’alcoolémie et d’usages de stupéfiants. Ainsi, Nicolas Gérard assureur Axa résume: « le gros problème aujourd’hui est de savoir pourquoi ils sont sans permis ». Madjid Ouali de la MACIF, va plus loin. « Quelqu’un qui a eu une suspension de permis pour une succession de petits délits sera préférable à un gros délit ayant entraîné une suspension de permis immédiate » explique-t-il. Pour Christian Michael, revendeur Aixam, quel que soit le délit, le fait est qu’« en moyenne, 80% des gens ayant eu le permis, cartonnent beaucoup plus facilement ».

Concernant les plus jeunes, qui n’ont jamais eu le permis, le risque est ailleurs. Il s’agit du débridage, cette pratique qui consiste à augmenter la puissance du véhicule au-delà des 45km/h réglementaires. Parfois jusqu’à 90km/h. Madjid Ouali, se veut rassurant : « maintenant, la quasi-totalité des voitures sans permis sont équipées de moteurs diesels. Ce qui rend plus difficile la pratique du débridage ». Difficile, mais pas impossible…De nombreux garages font du débridage un argument de vente. En toute « légalité » souvent, car avec le temps et les kilomètres parcourus, les voiturettes finissent par atteindre naturellement les 60 km/h.

No man’s land juridique

Bien sûr, débrider sa voiture est risqué, et peut entraîner l’annulation de la garantie constructeur et de l’assurance en cas d’accident. Pas de quoi dissuader Sylvie. « Quand je vois le danger dans lequel je me retrouve en roulant à 48km/h, j’avoue être tentée de débrider ma voiture » explique la jeune femme, qui comme les autres conducteurs de sans permis peut difficilement dépasser ou s’insérer sans danger. Reste qu’une voiturette peut supporter une vitesse de 65km/h sans aucun problème, mais devient une véritable bombe à retardement au-delà, compte tenu de ses équipements conçus pour rouler à faible allure.

Plus sûre qu’un scooter ou qu’une mobylette, la voiturette n’est pas pour autant un modèle de sécurité. Absence de réelle formation à la conduite, contrôle technique non obligatoire, crash test rarement effectués par les constructeurs, carrosserie en fibre de verre extrêmement fragile : tout cela fait de la voiture sans permis un véhicule particulièrement accidentogène. Avec ses 160 000 véhicules, la France représente 46% du marché européen mais figure paradoxalement parmi les pays les plus flous en matière de législation. En 2013, une directive devrait harmoniser les permis de conduire en vigueur en Europe et peut être encadrer plus strictement le secteur des voiturettes.

Une voiture sans permis, c’est quoi ?

Tel que définit en 1992 par l’Europe, il s’agit d’un quadricycle léger, de 2 places, dont le poids à vide n’excède pas les 350kg et la vitesse les 45km/h. Les voiturettes sont assimilées à des cyclomoteurs et se distinguent des quadricycles lourds (à 4 places) dont la conduite nécessite la détention du permis B1. En France, on peut conduire un quadricycle léger dès 16 ans, à condition de posséder le BSR (brevet de sécurité routière) et d’avoir ainsi suivi quelques heures de formation. Une mesure qui permet d’acquérir le minimum des connaissances de la route et des règles de conduite. Les personnes nées avant le 1er janvier 1988 ne sont pas concernées et peuvent prendre la route sans condition.

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12 mars 2009

Marc Riboud. L’instinct de l’instant

Marc_Riboud_DRClic. Un vieux monsieur vient de prendre une photo, d’immortaliser le groupe agglutiné autour du commissaire de l’exposition en train de présenter « Marc Riboud. L’instinct de l’instant », la nouvelle exposition du Musée de la vie romantique. Ce vieux monsieur, c’est Marc Riboud, lui-même, le photographe de Magnum, auteur du « peintre de la tour Eiffel » et de la « Jeune fille à la fleur », qui a 85 ans, continue inlassablement de photographier ces instants presque anodins, et pourtant ô combien extraordinaires.

« J’ai été élevé au biberon de Cartier-Bresson » raconte-t-il amusé. Et le fils n’a rien à envier à son  père spirituel. Les 110 photos exposées, dont la plupart sont des tirages originaux et beaucoup des clichés inédits, le prouvent bien. Son génie, c’est cet « instinct de l’instant », une formule de Marc Riboud, qui permet à la photographie, au-delà du témoignage historique et temporel qu’elle livre, de devenir une véritable œuvre d’art, atemporelle et universelle. 

©DR

50 ans d’histoire défilent dans les couloirs du musée de la vie romantique. Une balade inoubliable dans le siècle et à travers les frontières. La chine de Mao Zedong, Fidel Castro à Cuba, le Dalaï-Lama, Churchill et plus récemment Obama, le 4 novembre 2008, Marc Riboud nous offre des tranches d’histoire. On découvre également PicassJeune_fille___la_fleuro, Yves Saint Laurent, Marguerite Yourcenar… pour une plongée dans un demi-siècle d’histoire et de cultures mondiales.

Mais, au-delà des portraits des grands de ce monde, le photo-reporter  a aussi su rendre l’ordinaire, la beauté ou les difficultés rencontrées au détour d’un chemin lors de ses voyages en Afrique, en Chine, en Afghanistan, aux Etats-Unis, ou encore en Inde. Des enfants en train de jouer au Ghana, des ouvriers à Cuba, un mafioso et une vieille dame sur le pas d’une maison à Naples, ou encore un enterrement dans les montagnes d’Afghanistan ; ces photographies nous transportent, nous touchent. Le secret de la beauté de ses clichés ? il a l’œil du photographe, le sens du cadrage parfait.                  © Marc Riboud          

Mais surtout, à cette technique,  Marc Riboud enjoint son regard empreint d’humanité, de poésie. Il saisit alors toute la richesse de l’instant. Une famille est assise sur des marches, vestige d’une maison dévastée par un ouragan. Toute la détresse de ces gens est suggérée sans dramatisation ou mise en scène excessive. D’ailleurs, très peu de ses photos sont posées.

Deux branches se rejoignent dans « une rencontre végétale et amoureuse », Marc Riboud révèle la beauté de cette nature qu’il aime et qu’il ne se lasse pas de photographier.

S’étonner simplement, savourer l’instant et redécouvrir 50 ans d’histoire. Un voyage magnifique dans l’œuvre de Marc Riboud.

Marc Riboud, l’instinct de l’instant, 50 ans de photographies

Musée de la vie romantique

Jusqu’au 26 juillet 2009

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Catherine Lara « Au-delà des murs »

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Une nouveauté qui devrait combler les fans de Catherine Lara, mais aussi les amoureux de musique et de danse. Son DVD « Au-delà les murs », ainsi que sa version audio, seront disponibles dès le 16 mars. Au menu, voyage à travers les frontières, au cœur d’une musique qui prend sa source dans les Balkans.

« Ce titre fait référence à toutes les frontières et tous les murs qui existent entre les êtres humains qui refusent de se comprendre » expliquait Catherine Lara le 3 mars. Et, munie de son violon, la musicienne fait voler ces frontières en éclats de sons perçants et envoûtants .  Enregistré en public à Mons en mars 2008, le spectacle fait également la part belle aux danseurs.

Le chorégraphe Giuliano Peparini  a composé des tableaux sensuels, presque bestiaux  parfois. Les danseurs, hommes et femmes, enfants et vieillards même, s’envolent sous des airs aériens proche d’une musique irlandaise aux élans joyeux. Et la scène s’illumine dans des jeux de lumières grandioses, au gré des pas de danse et des notes de musique.

Catherine Lara, elle, ses lunettes de soleil rivés sur les yeux, un sourire radieux qui ne la quitte jamais, telle un vieux sage, mène « Au-delà des murs » de la pointe de son archet.

Co-réalisé par Eric Mouquet, ce spectacle recèle de compositions magnifiques. Un voyage enchanteur dans le rêve, la fraternité, l’humanité.

Au-delà des murs. Sortie le 16 mars 2009.

Un DVD, AZ (Universal), accompagné de la sortie audio

Catherine Lara sera au Palais des Sports le mardi 23 juin 2009

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Immo

« Ca va bien »

Comédien, jongleur, clown, musicien, bouffon un peu aussi, parfois, Immo nous embarque dans un monde enfantin à l’humour pétillant. Un rire franc et contagieux, un one-man show inclassable et interactif, ce grand blond formé à Hambourg a plus d’un tour dans sa poche.

Tout commence avec une séance d’hypnose, rythmée par des balles lumineuses flottant dans les airs. Puis, tout s’enchaîne, avec une balade poétique, drôle et magique dans l’univers d’Immo. Un univers où se mêlent chansons loufoques sur une course de spermatozoïdes ou le chien de sa tatie,  jeux de mémoire, jonglage et monocycle, tours de magie et sketches. Qu’il tue le temps à coups de marteau, qu’il jongle avec une tronçonneuse ou invente un airbag dans lequel il entre entièrement, l’inattendu et l’humour sont toujours de la partie.

« Ca va bien » est un spectacle unique en son genre. Jouant avec les genres, avec les mots et surtout avec le public, Immo conquit  les cœurs par sa simplicité et sa virtuosité.

Immo

A la Nouvelle Eve

Les jeudi 26 mars, vendredi 27 mars et samedi 28 mars.

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Cartes postales de Leningrad

Ces cartes postales de Leningrad évoquent en fait la guérilla vénézuélienne des années 60. Reçues par les enfants de guérilleros occupés à sauver le monde, elles viennent symboliser un ailleurs inconnu que tentent de s’imaginer deux cousins, Téo et Marcela.

Pour son second long métrage, Mariana Rondon, choisit d’évoquer la guérilla à travers le regard de deux petits vénézuéliens. Sur le registre de la comédie, une voix-off raconte avec naïveté et humour, des histoires enfantines d’hommes invisibles et de plans d’évasion rocambolesques. Un moyen de mettre à distance la réalité et de la dédramatiser cet épisode historique. La réalisatrice, passionnée d’Arts plastiques, accompagne le récit de dessins d’enfants et de ces fameuses cartes postales de Leningrad, pour restituer le caractère pop de ces années 60. De manière très audacartes_postales_decieuse le graphisme vient servir  la narration. Des croix rouges tracées au feutre, par exemple, viennent matérialiser les blessures des guérilleros.

Ainsi, du début à la fin l’intrigue reste fidèle à cette vision distanciée d’enfants confrontés  aux Forces armées de libération nationale (FALN). Loin des films à vocation historique ou politique Cartes postales de Leningrad  est « une histoire très personnelle », comme l’explique Mariana Rondon, elle-même fille de guérilleros. Dans ce film, elle a mis l’histoire de sa famille, de ses amis, la sienne…  L’originalité du ton, tout en douceur et en innocence, c’est bien là que réside la prouesse de cette fiction.

Mais, en alternant à outrance, récits d’enfants, film documentaire tourné dans les montagnes par un groupe de guérilleros (les parents des deux cousins Téo et Marcela), et même des témoignages, Cartes postales de Leningrad  finit par perdre en force et en clarté. 

Au-delà des problèmes de compréhension qu’il entraîne, le mélange des genres laisse un goût amer, une sensation de malaise. Car, même mise à distance et enjolivée, la réalité ne demeure pas éclipsée par ces cartes postales de Leningrad, censées faire croire que leur auteur  aurait trouvé refuge en URSS. La naïveté  finit par sonner faux quand malgré tout transparaissent la torture, la mort et les peurs d’une petite fille demandant à sa mère : « S’ils te tuent je fais quoi ? »

Cartes postales de Leningrad

Sortie nationale le 11 mars

Un film de Mariana Rondon

Avec Laureano Olivares, Greisy Mena, William Gifuentes, Hayden Faverola…

Posté par laurencetexier à 13:17 - Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Amédée (ou comment s’en débarrasser)

am_d_e_2Planchon sort le cadavre du placard

Un petit appartement aux murs rose-bonbon. Amédée et Madeleine, ne se comprennent pas, se chamaillent, s’ignorent…  comme beaucoup de couples partageant leur quotidien depuis des années. Mais eux, à l’instar de la majorité des époux, abritent un cadavre dans leur chambre. La Compagnie Studio 24- Roger Planchon revisite cette pièce peu connue d’Eugène Ionesco.

C’est en ce moment au théâtre Silvia Monfort.

Amédée (Roger Planchon) est un écrivain raté. Deux répliques en 15 ans, on peut dire qu’il n’est pas très prolifique. Madeleine, elle, travaille comme standardiste, fidèle à son poste installé dans le salon et à ses tâches d’épouse-ménagère. Et la tâche n’est pas de tout repos lorsqu’un cadavre grandit inlassablement, poussant les murs et les certitudes, et qu’une colonie de champignons germent dans tous les coins.

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Ce cadavre, celui d’un couple, qui ne s’aime plus vraiment sans pouvoir non plus se détester, c’est le temps qui passe, la banalité du quotidien, l’usure du couple. Amédée et Madeleine vivent enfermés dans leur deux pièces depuis 15 ans. Seule irruption du monde extérieur dans leur vie bien réglée, les bruits émanant de la cage d’escalier. Cloîtrés dans leur monotonie pourtant hors du commun, ils miment la vie, en mettant par exemple, chapeau et manteau pour traverser la pièce jusqu’au standard ou pour faire les courses par la fenêtre. La vie de Madeleine et Amédée tourne exclusivement autour de ce cadavre provoquant attraction et répulsion, tout à la fois. Il devient même leur seule source de lumière, une lumière verte diffusée par les yeux, dans la deuxième partie de la pièce, alors que les volets ont été clos.

Amédée et Madeleine, étouffés par ce cadavre gigantesque, cherchent alors un moyen de s’en débarrasser alors qu’il a poussé la porte de la chambre jusqu’à s’installer les pieds sur la table du salon. Qui est-il ? Le cadavre du galant de Madeleine ? Celui du bébé de la voisine ? D’une femme ? Ou bien peut être du père ? Les deux protagonistes ont beau chercher, ils ne pourront trouver de réponse. Car, comme Ionesco l’expliquait dans « Entre vie et rêve »,  « le cadavre, c’est pour moi, la faute, le péché originel. Le cadavre qui grandit, c’est le temps ». Une fatalité. On est bien au-delà de l’amour disparu donc…

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Roger Planchon, qui avait déjà monté Amédée en 1955 au Théâtre des Marronniers, propose une mise en scène loufoque, dans laquelle la dimension de tragique originel prend des accents de comédie. Quelques chansons d’amour et pas de danse, un sosie de Dalida (Patrick Séguillon, qui joue tous les rôles secondaires ) traversant la scène sur un air populaire dans un décor grandiloquent… Alors que le cadavre se fait de plus en plus présent, l’absurde reprend le dessus sur le tragique grâce à l’humour et la légèreté.  Certaines scènes filmées de la vie quotidienne des deux protagonistes sont projetées sur un écran, une manière audacieuse de figer le temps qui passent.

Cette adaptation d’Amédée ou comment s’en débarrasser mêle à merveille le théâtre existentiel et populaire, la profondeur et la drôlerie. Roger Planchon et Colette Dompiétrini sont magistraux et rendent un bel hommage à Eugène Ionesco, dont nous célébrons cette année le centenaire de sa  naissance.

Amédée (ou comment s’en débarrasser)

Eugène Ionesco

Mise en scène Roger Planchon

Avec Colette Dompiétrini, Roger Planchon, Patrick Séguillon

Théâtre Silvia Monfort

Jusqu’au 19 avril 2009

Posté par laurencetexier à 13:04 - Théâtre - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Chat en poche de Feydeau

chat_en_pochePacarel, un Jean Benguigui lumineux et presque enfantin, s’est enrichi grâce à la fabrication du sucre par l’exploitation des diabétiques… Parvenu bon vivant, il ne se refuse rien. Pas même un ténor venu de Bordeaux pour interpréter l’opéra composé par sa fille.

C’est alors que les ennuis, ou plutôt la rigolade, commence. Un ténor sans voix, logé, nourri, blanchi et payé 3000 Francs par mois, c’est pas banal. C’est le risque d’acheter « chat en poche », expression apparue au moyen-âge pour signifier un achat effectué sans avoir vu la marchandise.

Lorsque le ténor (Arthur Jugnot), se trompe de femme à courtiser par erreur de prénom, et qu’il met ainsi en émoi toutes les femmes de la maisonnée (Valérie Mairesse, Julie Wingens et Marianne Giraud) ça devient carrément hilarant.

Cette pièce de Feydeau, l’une des premières qu’il ait écrite, ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Les blagues et bons mots rebondissent toujours. Cette pièce respire la jeunesse et la fraîcheur et nous embarque dans une valse de quiproquos, menée tambours battants par des acteurs survoltés grâce à la mise en scène efficace de Pierre Laville.

Bref, cha…rmante soirée en perspective avec « Chat en poche ».

Chat en poche

Au Théâtre Saint-Georges

Du mardi au samedi à 20h45

Samedi à 17h30

Dimanche à 15h

Posté par laurencetexier à 12:50 - Théâtre - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

L'anniversaire de Harold Pinter

anniversaire« Pourquoi la poule a traversé la route ? », « Pourquoi as-tu changé de nom ? », « Pourquoi as-tu quitté l’organisation ? » , « La poule ou l’œuf ? »… De nombreuses interrogations en perspective avec cette soirée d’anniversaire orchestrée par le dramaturge britannique, Nobel de littérature, Harold Pinter. Etrangeté et menace permanente, voici les maîtres mots de cette pièce de 1958.

Unique pensionnaire de cette pension de famille perdue au milieu de quelque part, Stanley (Lorànt Deutsch), grand enfant, insolent et dépressif, ancien pianiste qui, un jour a même donné un concert, apparaît comme un exilé volontaire, enfermé hors du monde dans cette maison tenue par Peter et Meg Boles (Jacques Boudet et Andréa Ferréol). Ces derniers le traitent comme un fils, un enfant même. En témoigne le petit tambour que Stanley reçoit pour son anniversaire.

Un matin, deux étranges visiteurs font irruption dans la vie bien réglée du trio. L’occasion de plonger de spectateur dans un huis-clos mystérieux et angoissant. Qui sont-ils ? Que viennent-ils faire dans cette obscure pension de famille ? Coldberg et McCann, l’Irlandais, ( Jean-François Stévenin et Nicolas Vaude) provocateurs et manipulateurs, orchestrent alors la soirée d’anniversaire donnée en l’honneur de Stanley.

Mais, cette soirée, loin de répondre aux interrogations des personnages et des spectateurs, vient pousser l’absurde à son paroxysme. Un absurde qui cache son sens et vous immerge dans un thriller où la menace pèse sans relâche sur ces âmes en peine, en quête de réponses et d’un sens qui, peut être, n’existe pas.

L’anniversaire

De Harold Pinter

A la Comédie des Champs-Elysées

Du mardi au samedi à 21h ; samedi-dimanche à 16h30

Adaptation et mise en scène : Michel Fagadau

Avec Lorànt Deutsch, Jean-François Stévenin, Andréa Ferréol, Nicolas Vaude, Jacques Boudet, Emilie Chesnais

Posté par laurencetexier à 12:38 - Théâtre - Commentaires [0] - Rétroliens [0]